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Publié par Tchadoscopie

Tchad : Annadif, le diplomate tout-terrain !

 

Tchad : Mahamat Saleh Annadif, le diplomate tout-terrain pressenti pour être chef de la Minusma

Par  | Jeune Afrique

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L'ancien ministre tchadien des Affaires étrangères est pressenti pour succéder au Tunisien Mongi Hamdi à la tête de la mission onusienne au Mali. Avec pour atout son expérience somalienne.

Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi… Dans sa déjà longue carrière politique, Mahamat Saleh Annadif a croisé le chemin de quelques figures du XXe siècle et ne devrait pas se laisser impressionner par le poste qui semble l’attendre : celui de chef de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma).

Né le jour de Noël 1956 à Arada, dans le nord-est du Tchad, au sein d’une grande famille musulmane de la communauté arabe de la région de Biltine, le jeune Annadif part faire des études de télécommunications à Madagascar. À son retour au pays, en 1981, il adhère au Conseil démocratique révolutionnaire (CDR) d’Ahmat Acyl, le chef charismatique des Arabes tchadiens.

En juin 1982, après que Hissène Habré s’est emparé de N’Djamena, il passe à la rébellion. Un mois plus tard, à la mort d’Acyl, il devient numéro trois du CDR, que dirige désormais Acheikh Ibn Oumar. Déjà habile diplomate, Annadif s’occupe des relations avec le pays d’accueil, la Libye de Kadhafi. À partir de 1987, il négocie secrètement avec le pouvoir tchadien grâce aux bons offices de Tarek Aziz, le ministre irakien des Affaires étrangères. Début 1989, à l’issue de l’accord de Bagdad, il devient secrétaire d’État à l’Agriculture dans l’un des derniers gouvernements de Hissène Habré. Mais à la chute de ce régime, en décembre 1990, il parvient à rebondir.

Le choix de Déby

Dès janvier 1991, Idriss Déby Itno, le nouveau maître du Tchad, lui confie la direction des Télécommunications internationales du Tchad (TIT), puis, un peu plus tard, celle de l’Office national des postes et télécommunications (ONPT). En 1993, avec le mathématicien Ibni Oumar Mahamat Saleh, originaire comme lui du nord-est du Tchad, Annadif fonde le Parti pour les libertés et le développement (PLD). D’abord allié au pouvoir, cette formation participe au gouvernement. En 1997, Annadif obtient le portefeuille des Affaires étrangères. Mais en 1999, quand son camarade de parti décide de se présenter à la présidentielle de 2001 contre le chef de l’État sortant, il doit choisir entre Ibni et Déby. C’est le tournant. Alors que les autres ministres issus du PLD démissionnent du gouvernement, il reste aux Affaires étrangères.

Dès lors, les chemins d’Ibni et d’Annadif se séparent. Devenu numéro un de l’opposition, Ibni est enlevé à son domicile par des militaires le 3 février 2008 et disparaît dans une prison du régime. Annadif, lui, se rapproche du chef de l’État. En 2004, après six années à la tête de la diplomatie, il devient son directeur de cabinet. Puis, en 2010, après une parenthèse de quatre ans à la représentation de l’Union africaine à Bruxelles, il prend le poste clé de secrétaire général de la présidence tchadienne.

 

En avril 2012, gros trou d’air. Soupçonné de malversations sans enrichissement personnel, Annadif est arrêté et enfermé dans le camp-prison de Moussoro, au milieu des dunes du Nord. Idriss Déby Itno le grand calculateur veut-il tester la capacité de son haut fonctionnaire à continuer à le servir, même dans l’épreuve ? En juillet 2012, il laisse la justice le libérer pour vice de procédure. Pendant sa captivité, de nombreuses voix africaines et européennes se sont mobilisées pour le faire sortir. Le Tchadien dispose donc d’un bon réseau.

En novembre de la même année, Annadif est nommé chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) – un poste difficile qu’il occupe pendant deux ans avec un certain succès. Aujourd’hui, le voilà pressenti pour succéder au Tunisien Mongi Hamdi à Bamako. Avec son caractère chaleureux et son esprit tolérant, l’homme à l’éternel boubou blanc a le profil pour faire appliquer l’accord d’Alger de mai dernier entre le gouvernement malien et les groupes armés du Nord.

Christophe Boisbouvier

 

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