Une semaine après la dénonciation, par les rescapés et familles des victimes tchadiennes et sénégalaises, de l'impunité dont jouirait l'ex-président
tchadien Hissène Habré après les exactions dont il est présumé auteur, la réplique du collectif des avocats de la défense ne s'est pas fait attendre. Face à la presse, hier, la défense a soutenu
que le président Wade a violé son serment constitutionnel en voulant organiser le procès, alors que les tribunaux sénégalais s'étaient déclarés incompétents.
Le collectif des avocats chargés de la défense de l'ancien président du Tchad, Hissène Habré, (Mes El Hadj Diouf, Ciré Clédor Ly, François Serres, entre autres) a apporté sa
réplique, face à la dénonciation, par les victimes et rescapés de l'impunité dont jouirait l'ex-homme fort tchadien, ainsi que les exactions féroces pour lesquelles il est présumé coupable. Une
semaine après cette sortie des victimes, le face-à-face avec la presse, tenu hier, aura permis à la défense de dénoncer, de prime abord, l'attitude de l'Etat du Sénégal à vouloir organiser le
procès ; alors que la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l'époque, ainsi la Cour d'appel s'étaient déclarées incompétentes. Ces juridictions, souligne-t-on, ‘avaient même annulé
l'inculpation pour complicité de crimes contre l'humanité et actes de tortures et de barbaries’.
En effet, le 4 juillet 2000, la Cour d’appel de Dakar avait annulé l'inculpation du doyen des juges d'instruction d'alors, Demba Kandji. Une décision qui sera confirmée par la Cour de cassation, dans son arrêt rendu le 25 mars 2005 où elle se déclarait incompétente sur la demande d’extradition, formulée par la justice belge. Le président de la République Me Abdoulaye Wade décidait alors de confier le sort de Hissène Habré à l'Union africaine qui va ordonner son jugement, par le Sénégal. Ce comportement de l'organisation panafricaine fait aujourd’hui que les avocats de l'ex-homme fort du Tchad soutiennent que ‘le président Wade a violé son serment constitutionnel et la charte africaine des droits de l'homme’. Le comportement de l'Union africaine qui a ordonné, en juillet 2006, que Hissène Habré soit jugé par le Sénégal est décrié par les conférenciers. Les avocats de Habré invitent l'organisation africaine, qu'ils qualifient d'‘assemblée politique’, à rectifier le tir : ‘L'Union africaine n'a pas le droit d'ordonner son jugement. C'est une violation de l'article 7 de sa propre charte. Elle n'est pas une juridiction encore moins un tribunal supérieur à la Cour de cassation du Sénégal’.
Par ailleurs, les réformes législatives entreprises par le Sénégal, pour juger Habré, constituent une autre ‘violation flagrante’ dénoncée par les avocats (Ndlr : Le Sénégal a intégré dans son corps législatif les pires crimes commis même en dehors de son territoire). ‘Ces réformes visent uniquement une seule personne, alors que le droit est impersonnel. C'est une manipulation de l'opinion’, tonnent les avocats de la défense.
Ces derniers ont également lors de leurs échanges avec les journalistes fortement décrié l'activisme des organisations non gouvernementales. C'est le cas de l'Organisation nationale des droits de l'homme (Ondh) de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho) la section sénégalaise d'Amnesty International, entre autres. Parce que, explique-t-on, ces organisations ne doivent pas s'immiscer dans l'organisation du procès. Les avocats de Hissène Habré dénoncent ainsi le comportement de ‘ces leaders qui font de l'affaire Hissène Habré leur fonds de commerce’.
Sur un autre registre, les robes noires dénoncent le mutisme de l'Union africaine sur le cas du président du Zimbabwé, Robert Mugabé, de l'actuel homme fort du Tchad, Idriss Déby, ainsi que du président soudanais Omar El Béchir. Ce dernier, fait-on remarquer, est le premier président africain en exercice à être sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre, génocide et crimes contre l'humanité.
CONVICTION DES AVOCATS DE HABRE SUR LE FINANCEMENT DU PROCES : Les 12 milliards sont le prix d'achat de sa condamnation
Lorsque l'Union africaine avait ordonné que l'ancien président du Tchad soit jugé par le Sénégal, le pays du président Wade avait réclamé la somme de 18 milliards, destinés à la réfection de l'aile gauche de l'ancien palais de justice du Cap manuel, à la prise en charge des victimes tchadiennes ainsi que le salaire du personnel judiciaire. Ce montant sera revu à la baisse sur la demande de l'Union européenne, principal bailleur dans cette affaire.
Aujourd'hui, il se trouve qu'un accord de 12 milliards est trouvé, d’après les révélations faites par les avocats de Hissène Habré. Mais à les en croire, le financement pose problème à bien des égards : ‘Les 12 milliards constituent le prix d'achat de la condamnation du président Habré. Ce procès, qui commence sur des bases d'iniquité et d'injustice, est commandité uniquement pour avoir la tête de Habré’. Au demeurant, ces défenseurs du président Hissène Habré de réclamer la dotation de fonds destinés à assurer une bonne défense de leur client.
EN PLUS DE REVENDIQUER LE STATUT DE REFUGIE POLITIQUE : Les avocats dénoncent la détention surveillée du président Habré
Depuis que la machine judiciaire est déclenchée à son encontre, le président Hissène Habré a été interdit de toute sortie médiatique ou politique. Cette situation découle de sa mise en liberté provisoire, assortie de contrôle judiciaire, lorsqu’il a été arrêté pour la première fois. C'est ce que ses avocats assimilent à une ‘détention surveillée’, qu'ils ont décrié, estimant que le Sénégal est disqualifié pour la tenue du procès. Parce qu'il ne remplit pas les conditions y afférentes : ‘Le président Hissène Habré est aujourd'hui privé de sa liberté d'expression et de mouvement ; alors que cela est accordé aux réfugiés politiques’.
EXACTIONS AU TCHAD SOUS LE REGNE DE HABRE : L'actuel président Idriss Déby pointé du doigt
La responsabilité des exactions, massacres, arrestations arbitraires et exécutions sommaires de détenus politiques est l'œuvre de l'actuel président du Tchad, Idriss Déby. La conviction est de l'avocat Me El Hadj Diouf. Il estime que ce dernier est l'instigateur du coup d'Etat ayant renversé le régime du président Habré.
Pour justifier cette accusation, l'avocat s'appuie sur le fait que le président Déby était le responsable de la sécurité nationale sous le règne de Habré. Il dirigeait, à l'en croire, la fameuse Direction de la documentation et de la sécurité (Dds).
Cette institution, étant aujourd'hui dissoute, était une police politique caractérisée par la pratique systématique de tortures et de répressions aveugles et sanglantes dans le sud du Tchad à l'encontre des ethnies musulmanes arabes, Zaghawa et Madjerai.
Pape NDIAYE
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